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Loisirs nautiques : et si nous étions à la fin d’un cycle ?

La relation à la mer liée aux loisirs telle qu’on la conçoit aujourd’hui est très récente. Elle est finalement en constante évolution et mérite à ce titre une veille, une analyse et une réflexion qui se renouvelle sans cesse. La pratique en France a été marquée, très tôt, par de très prestigieux « influenceurs » : Alain Gerbault, Bernard Moitessier et Éric Tabarly.

La pratique de la voile – et on peut s’en féliciter – a pris une place importante, peut-être encore davantage dans les esprits (imaginaire) que dans la réalité (le poids du bateau à moteur est bien plus important). Cette culture, c’est notre avis, notre sentiment, « pèse » encore énormément, formate (à travers divers « totems comme l’habitable ou l’olympisme) nos envies. Aujourd’hui, alors que se pose la question de ce que seront les pratiques de demain, reviennent sur le devant de la scène d’autres façons d’envisager l’action d’aller en mer. Plus légères, plus hédonistes, plus accessibles notamment.

La maritimité, terme employé par Françoise Péron et Jean Rieucau, est un néologisme qui désigne la variété des façons de s’approprier la mer, sur la nature et l’évolution des liens qui ont uni dans le passé, et qui unissent aujourd’hui les sociétés humaines au milieu maritime et littoral. Sur les littoraux des pays industrialisés, les activités maritimes (pêche, construction navale, cabotage.) sont en crise ou en reconversion. En revanche, l’engouement récent pour tout ce qui touche à la mer est devenu un véritable phénomène de société, et par un processus de globalisation et de changement dans les sensibilités, la mer et la côte sont désormais l’affaire de tous. 

L’extrait suivant vient du site Espace Manche. Depuis plus de 15 ans, l’Atlas Transmanche – Espace Manche, donne à voir et à comprendre un espace transfrontalier maritime majeur. Il est le fruit d’une collaboration scientifique franco-britannique engageant des équipes universitaires et CNRS pluridisciplinaires et franco-britanniques.

Réfléchir sur la maritimité, c’est comprendre comment les hommes s’approprient, perçoivent et pratiquent la mer  », l’estran, la côte… C’est une réflexion entre le passé et le présent. Cette compréhension de ces rapports passe par l’analyse de l’économie locale, sans négliger l’aspect culturel et idéologique tenant une place primordiale dans l’analyse de la maritimité d’un territoire.

Aujourd’hui, une nouvelle sensibilité au maritime s’est développée. Après ces années de crise, une nouvelle maritimité émerge avec des nouvelles formes de sociétés. Cela s’exprime par la croissance des sports nautiques et de glisse (planches à voile, surf, speed-sail), les croisières, les musées maritimes, les ports de plaisance, les grandes compétitions nautiques… L’eau prend une place de choix dans toutes les villes portuaires européennes : l’aménagement urbain de ces dix dernières années se tourne vers la mer, une valeur nouvelle dans le paysage urbain. Lorient, Brest, Dunkerque, Saint-Nazaire, Liverpool, Anvers… s’attachent à la reconquête des espaces portuaires (réaménagements des quais, ouverture du centre-ville sur lazone portuaire isolée …). La mer ignorée pendant les années 70 80, retrouve sa place et devient un enjeu d’aménagement de ville en quête d’identité. »

Raison pour laquelle c’est un sujet récurrent chez Codezero depuis nos premières publications sur le sujet, début 2014. Notre travail s’appuyant aussi sur vingt-cinq ans d’immersion (!) en tant que pratiquants, professionnels et observateurs attentifs.

Pour illustrer ce nouvel épisode, deux vidéos de la marque américaine BOTE. L’idée n’est évidemment pas de dire que le gros stand up paddle est l’avenir de l’Homme, mais d’illustrer des différences et de documenter une approche « ultra légère » de l’eau. Ces deux films, bien que très différents, nous en adorons le propos, le style et le ton. Plusieurs thèmes ou paramètres y apparaissent :

  • la saison
  • le lieu
  • la pratique (pêche, chasse sous-marine)
  • l’océan et la navigation (le moyen d’accès à la mer)
  • l’équipement (le matériel lié à la pratique dans toute sa diversité)
  • l’aspect humain, la communauté, le partage, les valeurs

Il y a évidemment une dimension « culturelle », c’est le point sur lequel nous voudrions nous attarder : d’où le préambule utile sur la maritimité. On observe des différences de pratiques, propres à chaque continent ou région. La relation à la mer n’est pas la même entre la Floride et la Bretagne.  Or, l’erreur serait de penser que ce n’est une question de climat …

Ce qu’il est convenu d’appeler le « nautisme » en France est une culture largement dominée par le bateau, nous en évoquions les raisons objectives au début. Si la glisse a connu un grand succès dans les années 80 pour s’installer comme un phénomène durable sous diverses formes (surf/windsurf/kitesurf et enfin stand up paddle), elle n’a pas forcément été prise au sérieux, d’autant que son poids économique était moindre. La glisse en tant que tendance, a fait aussi beaucoup d’erreurs.  Elle a finalement disparu des salons « nautiques » comme Paris, La Rochelle ou Cannes.

La voile légère et les autres activités comme le kayak ou la plongée également. On notera que tout ce qui touche à la pêche y est peu présent, notre culture maritime étant très segmentée. Aujourd’hui, la manière dont les français et les européens se saisissent de la mer évoluent. L’imaginaire et la technologie allant même dans le sens de la diminution de « l’embarcation » ou de l’interface entre l’humain et la mer ; monocoque, catamaran (années 70), planche à voile (années 80), kitesurf (années 90) et aujourd’hui (années 2000) stand up paddle et même foil (2010). Le corps pourrait même reprendre de l’importance. Guillaume Nery ne dit pas autre chose avec l’apnée, il serait temps d’accepter que l’acte de nager soit réduit à autre chose que la natation en bassin. Voire le développement du Swimrun ou la Swimming Outdoor Society en Angleterre.

Au delà, l’évolution des modes de vie, mais aussi du climat, va de plus en plus s’inviter dans le débat.

  • le pouvoir d’achat
  • la mobilité au sens large
  • les métamorphoses des loisirs
  • la pyramide des âges,
  • le poids des infrastructures
  • l’impact écologique de telle ou telle activité

Tout ceci, associé à une offre sports et loisirs qui s’est considérablement élargie depuis les années 70 vont tout changer. Tout.

Regardez bien ces deux extraits avec un oeil neuf. Pour l’instant, le stand up paddle est vu comme un « simple » engin de plage. En l’espace de deux ans, il est même l’enjeu d’une guerre des prix vers le bas. Ce modèle hybride, plus gros, qui peut recevoir un moteur n’a pour l’instant aucune chance de se développer en France principalement parce que culturellement parlant son positionnement ne sera pas compris, pas envisagé, voire pas acceptable. Les « habitués » et autres commentateurs vont dire que c’est trop petit, pas adapté à la houle, dangereux, etc. Pourtant la vidéo du bas pourrait être tournée dans le golfe du Morbihan, aux Glénans, à Chausey ou entre Hyères et Porquerolles.

S’il fallait faire la liste des mots clés, des valeurs de ces deux films, elle serait la suivante :

  • L’hiver, la glace, le froid, les vagues, le surf, le néoprène, le jeu, la pêche, la côte, l’amitié, l’échange, la culture, l’amour de son home spot, l’outdoor, l’exploration, la chasse sous-marine, la ville, le commuting, la communauté
  • pour le second, l’été, la chaleur, le soleil, l’exotisme, la pêche, la Floride, un tatoué, une carte, des portraits, des femmes, un Grand Bank, une autre idée de l’authenticité, la pêche, un barbu, un gros stand up, des bateaux à moteur, la mangrove, des dreadlocks, de la fumée, des sourires, le partage, et la… micro aventure.

Tout ceci est transposable en France, souhaitable même, nous pensons que nombreux sont ceux qui pourraient s’y reconnaître. La culture maritime est aujourd’hui multiple et transversale. C’est juste un « formatage » culturel qui l’empêche de prendre plus de place. Les choses pourraient changer. La mer aujourd’hui et demain, ce sera la voile légère, le surf, le kitesurf, la pêche sportive ou pas, l’apnée, la chasse sous-marine, le stand up paddle, l’exploration (proche), le raid côtier en mode minimal avec le souci de peu d’impact et de mobilité intelligente, le kayak, la pirogue, le swimrun, le local.

La mer demain, c’est l’esprit outdoor…

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Les innovations qui transforment l'expérience aquatique

L'univers des sports nautiques connaît une révolution technologique sans précédent. Les foils, ces appendices hydrodynamiques qui soulèvent les embarcations hors de l'eau, bouleversent les codes établis depuis des décennies. Du kitefoil au wingfoil, ces disciplines émergentes créent une nouvelle génération de pratiquants en quête de sensations inédites. Cette transformation n'est pas qu'une simple évolution technique : elle redéfinit notre rapport à l'élément liquide.

L'électrification des supports nautiques ouvre également des perspectives fascinantes. Les planches motorisées, les surfboards électriques et même les kayaks assistés démocratisent l'accès à l'eau pour des publics jusqu'alors éloignés de ces pratiques. Cette dynamique d'innovation pose néanmoins des questions essentielles sur l'authenticité de l'expérience et l'impact environnemental de ces nouvelles pratiques.

Au-delà du matériel, les capteurs embarqués et applications mobiles transforment la relation du sportif à sa performance. La data permet désormais d'analyser chaque session, d'optimiser sa trajectoire, de mesurer sa vitesse instantanée. Cette quantification de l'expérience aquatique rejoint les réflexions plus larges sur la définition même du sport dans notre société contemporaine.

L'eau comme nouveau terrain de mobilité urbaine

Les grandes métropoles côtières et fluviales redécouvrent leurs cours d'eau comme axes de déplacement alternatifs. Amsterdam, Copenhague ou Stockholm intègrent déjà les voies navigables dans leur système de mobilité durable. Cette tendance dépasse le simple transport utilitaire : elle engage une réappropriation culturelle des espaces aquatiques urbains.

Les planches à pagaie gonflables (SUP) illustrent parfaitement cette mutation. Initialement conçues pour le loisir sportif, elles deviennent progressivement des vecteurs de mobilité douce dans certaines villes. À Paris, Londres ou Berlin, des navetteurs rejoignent leur lieu de travail en paddleboard, transformant leur trajet quotidien en moment de pratique physique et de reconnexion avec l'environnement.

Cette convergence entre sport, mobilité et urbanisme préfigure les usages de demain. Les kayaks pliables, les embarcations légères et transportables, les systèmes de partage de matériel nautique : autant d'innovations qui font écho aux réflexions sur la ville sportive et active. L'eau cesse d'être une frontière pour devenir un continuum de l'espace urbain praticable, une extension naturelle des réseaux de déplacement.

Durabilité et responsabilité : l'écosystème aquatique sous pression

La multiplication des pratiquants sur les espaces aquatiques soulève des enjeux environnementaux cruciaux. La surfréquentation de certains spots, l'érosion des écosystèmes fragiles, la pollution sonore générée par les activités motorisées : le développement des sports nautiques n'est pas sans conséquence. Les acteurs de l'industrie doivent désormais intégrer ces contraintes dans leur stratégie de développement.

Les fabricants innovent pour réduire l'empreinte écologique de leurs produits. Matériaux biosourcés, processus de production décarbonés, circuits courts de distribution : l'innovation responsable devient un argument différenciant. Des marques comme Notox ou Nomadix construisent leur identité sur cet engagement, anticipant les attentes d'une génération sensibilisée aux limites planétaires.

Au-delà de l'équipement, c'est toute une culture de la pratique qui évolue. Les initiatives de nettoyage collaboratif des plages et des cours d'eau se multiplient, transformant les sportifs en gardiens actifs de leur terrain de jeu. Cette dimension participative renforce le lien entre pratiquant et territoire, créant une forme de responsabilité collective vis-à-vis des milieux aquatiques.

Sport de glisse et culture aquatique : vers une approche holistique

Les sports de glisse sur l'eau ne se limitent plus à la performance pure. Ils engagent une relation corporelle particulière, un dialogue permanent avec les éléments naturels. Cette dimension rejoint les réflexions d'Ido Portal sur le mouvement : l'eau devient un terrain d'exploration sensorielle et de développement de capacités motrices complexes.

Le surf thérapie, le stand-up paddle adapté, les programmes de résilience par les activités aquatiques : ces approches témoignent d'une évolution vers une conception plus inclusive et holistique du sport. L'eau offre un environnement porteur, apaisant, propice à la reconnexion corps-esprit. Les bienfaits dépassent largement le cadre de la simple dépense énergétique.

Cette transformation culturelle s'accompagne d'une diversification des profils de pratiquants. Les sports aquatiques ne sont plus réservés à une élite sportive ou à une classe sociale aisée. Les formats accessibles, les structures associatives, les programmes d'initiation gratuits démocratisent l'accès à ces pratiques, créant une culture sportive plus horizontale et inclusive.

Questions fréquentes sur les nouveaux usages aquatiques

Quelles sont les pratiques aquatiques les plus accessibles pour débuter ?

Le stand-up paddle (SUP) représente probablement la porte d'entrée la plus simple. Les planches gonflables modernes offrent une excellente stabilité et se transportent facilement. Le kayak en eaux calmes constitue également une option idéale pour découvrir les sensations de glisse sans nécessiter de compétences techniques avancées. Ces deux activités permettent une progression rapide et peuvent se pratiquer seul ou en groupe, sur mer comme sur lacs et rivières.

Comment les technologies changent-elles l'apprentissage des sports nautiques ?

Les applications mobiles, caméras embarquées et capteurs de performance permettent désormais un feedback immédiat sur sa technique. Les simulateurs et bassins à vagues artificielles offrent des conditions contrôlées pour l'apprentissage, réduisant la dépendance aux aléas météorologiques. Cette technologisation facilite une progression plus rapide et structurée, même si elle soulève des questions sur la relation directe et instinctive avec l'élément naturel.

Les sports aquatiques urbains sont-ils une tendance durable ?

Au-delà de l'effet de mode, l'intégration des activités aquatiques dans l'espace urbain répond à des besoins profonds : recherche de nature en ville, mobilité alternative, pratique sportive régulière. Les investissements des municipalités dans l'aménagement des berges et la qualité de l'eau témoignent d'une volonté structurelle. Cette tendance s'inscrit dans une vision plus globale de la ville active et durable, où chaque espace devient potentiellement praticable.

Quel impact environnemental ont réellement les sports nautiques modernes ?

L'impact varie considérablement selon les pratiques. Les activités à propulsion humaine (kayak, SUP, surf) présentent une empreinte minimale, tandis que les engins motorisés génèrent pollution sonore et émissions. La production d'équipements reste problématique : résines pétrochimiques, processus énergivores. La clé réside dans l'adoption de matériaux durables, la mutualisation des équipements et une pratique responsable respectueuse des écosystèmes fragiles. L'industrie progresse, mais le chemin vers une réelle durabilité reste long.